Témoignage de S. :
-"Les premières gifles, on a du mal à y croire. On pense longtemps que la situation va s'arranger.
Ce sont ces bourreaux qui savent se montrer charmants à l'extérieur, mais transforment le foyer
en enfer quotidien.
Harcèlement moral, violences physiques, autant de souffrances qui causent des dégâts profonds et
durables chez les victimes. Pourtant, malgré les progrès, quand l'insécurité s'installe à l'intérieur
du foyer, il est difficile de l'en faire sortir.
Toutes les violences familiales ont au moins un point commun : elles restent longtemps invisibles et
secrètes, car les victimes, le plus souvent, ne se plaignent pas. (on imagine combien il peut être pénible
d'avoir à accuser la personne avec qui l'on vit).
Dans le silence, s'installent la peur, la honte et toute la complexité des sentiments qui unissent les membres
d'une même famille. Toute violence est inacceptable : insultes - coups - privation économique y compris
le harcèlement moral qui est une violence perverse au quotidien.
Humilier, c'est "tuer" sans se salir les mains. Il n'y a pas de trace tangible, c'est un processus
qui se met en place sur des mois, des années.
Quand les premières brutalités apparaissent, l'erreur serait de les considérer comme
un symptôme banal de difficultés au sein d'un couple. Il s'agit d'un abus de pouvoir.
Lorsque j'ai compris que je ne pouvais pas m'en sortir par le dialogue, j'ai décidé que le temps
était venu de prendre ma résolution.
À 71 ans, j'ai eu la détermination de partir et de faire sentir un point de non-retour.
J'ai retrouvé ma dignité et le bonheur d'exister. Mais il est très important de contacter une association
pour les femmes maltraitées afin d'avoir un accompagnement, car nous sommes vraiment désemparées ..." |
Témoignage de Marie :
-"J'ai vécu dans la violence pendant 7 ans. Elle était de tous ordres : d'abord psychologique, puis économique,
verbale, physique, sexuelle. Toutes ces violences réunies ...
Çà commence en douceur et de manière très subtile : notre compagnon essaie lentement mais sûrement
de nous séparer de notre entourage (famille, amis, personnes de confiance). Ensuite, une fois qu'on est bien isolé, on se retrouve dans un
cycle infernal dont on a l'impression qu'on ne pourra jamais sortir. Pour ma part, çà s'est passé
comme cela et je ne savais pas à qui m'adresser. Envie de partir, tentative de suicide, passage aux
Urgences, je connais ... Et puis, chaque fois, je me disais, il va changer, çà s'arrangera ...
Pourquoi ? Parce qu'après, il redevient mignon, il essaie de se faire pardonner : cadeaux, restos, câlins etc ...
et çà repartait !
Ma vie était limitée à des interdits, à des non-droits. Je ne vivais plus, je survivais pour ma fille que j'ai
eu entre temps. J'étais sans cesse humiliée, même devant ma fille. Et puis, un jour, une de ces scènes de violences ! Je
croyais que j'allais mourir : étranglements, gifles innombrables, jetée dans les escaliers ...Là, j'ai dit
"je veux vivre pour ma fille". J'ai pris contact avec l'assistante sociale. J'ai pris mon courage à deux mains et
j'ai préparé mon départ. L'enjeu était d'autant plus important que mon mari était à un poste où çà allait forcément faire scandale. Les amis
ne m'ont pas cru parce que mon mari était un homme génial, tendre et séduisant, à l'extérieur.
On ne m'a pas cru au début, mais avec le temps oui.
Alors j'ai débarqué à SOS Femmes Dordogne ; où, après 1 mois 1/2, j'ai voulu partir mais j'ai dû revenir. Avec
ces hommes, il ne faut pas trop rêver : ils restent dans leurs mécanismes. Ils ont une manière de fonctionner
pour nous garder sous leur coupe. Après mon retour à SOS Femmes, je suis restée 3 mois, j'ai été bien
suivie et encadrée. Aujourd'hui, j'ai mon appartement et je revis complètement. Je rattrape le temps et ma
fille a, elle aussi, une nouvelle vie." |